Tel : 04.76.55.17.73


La maison de Mariette
Rue du Souvenir Français
38380 Saint-Laurent-du-Pont
(Isère)
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Photos du musée Jocelyne Artigue



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La maison de Mariette
 
 
 

107, rue du Souvenir Français

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Tel : 04.76.55.17.73.



 




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Exil provisoire des peaux dormantes  







L’erreur de certains artistes est souvent de se prendre pour des métaphysiciens comme si l'art plastique devenait une science qui cherchait ses preuves non en son dedans mais au dehors. Ils font de leur facture une “ vue de l’esprit ”. Mariette a toujours choisi  le chemin inverse. Elle montre du monstre, en fait une affaire de formes, de silhouettes débordantes, sensuelles jusque dans leurs difformités. Il y a chez elle une volonté cachée de créer aussi à travers elles une suite d'enluminures, de rosaires mais aussi de mises sous tension. Mariette n'est donc pas une métaphysicienne ratée mais un véritable “ poète ” des formes capable de congestionner les habits de ses poupées difformes d’intensité humaine. Son art devient charge et décharge, couverture et découverte, ce qu'on pourrait approximativement résumer par la volonté de faire le vide de ce qui est sans importance afin de ne laisser apparaître que des formes essentielles : plus question , à l'inverse de tous les tartuffes de la terre, de "cacher ce sein qu'on ne saurait voir" .

Mettant la chair, la matière en expansion elle montre tout ce qui sort du corps : enfer ou ciel qu'importe. A la verticalité de la Vierge s'opposent d'autres dimensions tout aussi iconoclastes. Les habits s'ouvrent, s'épanchent, laissent voir ce qui fait résistance et qui jaillit parfois en une sorte de bric-à-brac programmé. La pompe dont s'entoure souvent l'art n'est plus qu'une chimère à bras. Toutreprésente une accumulation de catastrophes désamorcées. Ne reste que ces monstres qui créent l'angoisse et le malaise même s'il s ne sont pas pour autant dénués de force et de joie. L’existence est dans une perspective qui renverse l’idéalisme de l'art. Volumes et motifs déjouent les ambiguïtés des oppositions binaires : cause/effet, essence/apparence. C’est donc ainsi que Mariette pratique la “
dissémination ” chère à Derrida : chaque “ pièce ” introduit le leurre  dans le but d’atteindre ce qui nous échappe. En conséquence si tout passe par la verticalité tout passe aussi par le chiasme ou la césure qui ouvre, dévore, déchire les images pieuses pour faire de ces "mères" des silhouettes égarées et écrasées dans un univers déserts où elles sont, comme nous-mêmes, accrochées.

Regardons-les, apprenons à les voir et à les reconnaître : ce sont nos semblables, nos sœurs; nos mères. Les effacer parfois au profit de ce qui les enrobe c’est renier notre propre absolu, notre "idée de la femme". C'est mettre aussi par leurs spectres notre mémoire en mouvement afin que l’ondevienne plus vivant en découvrant toute l’ambiguïté des horizons de nos peaux fuyantes.  Mariette montre bien plus que des carapaces tranquilles où venaient rêver les nerfs et où se décomposent les conflits qu’ils allumaient. Chaque œuvre n’est plus le miroir où les Narcisse viennent se contempler et les voyeurs se rincer l'oeil.

Ne renonçant jamais à la puissance de la simplicité et du cérémonial, Mariette nous réapprend à se et nous regarder. C'est pourquoi chez elle, l'art ne vise pas le concret pour le concret mais cherche la vie cachée, celle qui pourrait rejaillir  et qui s'autoriserait une sorte de transgression visuelle. En conséquence, il s'agit pour l'artiste de créer une suite de percées, d'ouvertures. Il ne s’agit pas pour autant d'effacer la massivité du concret qui fait obstacle à la perception du jaillissement. Une telle oeuvre ne peut que tarauder la question d'un “qui nous sommes" puisqu’une folie intime suinte des vêtements. C’est désormais depuis la paradoxale verticalité de ces
poupées qu'on doit se regarder.

Mariette nous invite à franchir le seuil de notre corps en tant que voyeur. A son évasion impossible (fixation de l’être en son corps) répond la pénétration du regard en un lieu qui n’est plus que l’extérieur de la frontière de la peau en une stratégie qui n’a plus rien à voir avec une séduction mais avec la monstration. Ce franchissement permet à l’inconscient qui habituellement ne connaît pas la traversée des frontières d’être mis en connexion avec ce qui le dérange. Cet éternel traître est donc pris à revers (de chemisier). En conséquence, le franchissement du seuil du corps à travers la peau transparente et translucide de l’habit échancré et de la chair exhibée ne représente plus une épreuve aveugle car il n’existe plus de place à
ce que permet généralement l'art trop simplement figuratif : une jouissance. Tout se passe comme si Mariette venait à bout du cerclage du corps.

Par les échancrures quelque chose se découvre et nous oblige à nous dire : je suis moi-même ce pendu, cet habit. L’image fait ainsi coupure et rétention. Tout nous retient, tout nous échappe : à notre tour nous sommes seuls dans une inavouable communauté avec ces femmes dont nous devenons la partie absente. Le corps ne possède plus nerfs, viscères, vaisseaux, chair, os et peau, en tant que sujet de la sculpture, il disparaît par le trop plein de ce qui en gicle de matière aliénable. Reste-t-il au moins - pour reprendre le titre d’un film célèbre - ses “ 21 grammes ” d’âme ? Cela n’est pas sûr car ce qui semble pour certains le seul flamboiement de l’être en ce monde brille par son absence.

En s’excluant d’une sculpture abstraite qui se contenterait de l’exploitation anecdotique des matériaux ou des procédés techniques, et d’une sculpture figurative qui manquerait d’invention formelle, Mariette donne consistance non au corps mais à sa fiction. Surgit paradoxalement l’ “ incarnation ” qui fait que le corps reste tout de même glorieux. Mais ce n'est plus celui des mystiques : il devient le lieu où se perdre et se pendre. “ Absent ” le corps passe du gisant au jouissant et du jouissant au gisant. C’est pourquoi une telle approche nous rappelle qu’il y a quelqu'un en nous qui ne fait rien que se “ défaire ”. Nous sommes nus par procuration, dans les habits où l’on nous enfourne et où nous sommes “ soufflés ” sans jouer. De tels habits Mariette les fait exploser. Par contre coup notre corps implose. Peut-on y résister ?




Jean-Paul.Gavard-Perret





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